Art de vivre
Là où l'on devient collectionneur
Sortir d'un restaurant élégant, marcher cinquante mètres, et se trouver devant une œuvre à quatre-vingt-dix mille euros.
La rédaction de Pro Guide Media7 min de lecture

Photo: Cyrillefacq / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
L'une des choses les plus intéressantes du Marais, c'est qu'on peut sortir d'un restaurant élégant, faire cinquante mètres, entrer dans une galerie — et se retrouver devant une œuvre à vingt, cinquante, voire quatre-vingt-dix mille euros.
C'est un monde dans lequel beaucoup de voyageurs asiatiques fortunés ne sont pas encore vraiment entrés. Ils savent acheter des montres, des sacs, des diamants, des voitures, du vin ; l'art contemporain est une tout autre école de dépense.
Place des Vosges, on peut l'apprendre en douceur. Nul besoin de commencer par un musée : il suffit de pousser la porte d'une galerie.
Pourquoi l'art n'est pas un produit de luxe
Ce que l'art a de particulier, c'est qu'il est personnel. Un sac Hermès se reconnaît immédiatement ; un tableau ou une sculpture raconte quelque chose de celui qui le possède.
Dans un bel appartement parisien, une œuvre juste pour la pièce pèse davantage que n'importe quel meuble coûteux. L'acheteur cesse de demander seulement le prix et se met à demander : qui est l'artiste, de quelle série vient l'œuvre, quelles dimensions, y a-t-il un certificat, où en est l'artiste dans sa carrière.
Le XVI Art Gallery, au 16
C'est la porte d'entrée la plus lisible. La galerie travaille l'art contemporain et présente des noms comme Richard Orlinski, Karl Lagasse, JonOne, Mr Brainwash ou Hom Nguyen, entre autres.
L'intéressant est l'étendue des prix : petites pièces et plaques à partir d'environ 1 000 €, certaines œuvres autour de 4 200 €, tandis que les sculptures et les grands formats montent à 28 000 €, 44 000 €, 74 900 €, voire 90 000 €.
C'est une bonne porte vers la collection : il n'est pas nécessaire de commencer à cent mille euros.
Une œuvre dans un salon
Imaginez une famille propriétaire d'un appartement à trois millions d'euros dans le Marais. Au salon, plutôt qu'un tableau accroché parce qu'il est joli, elle choisit une sculpture contemporaine de 30 000 à 50 000 € comme point d'ancrage.
Un enfant grandit en la voyant chaque jour, apprend le nom de l'artiste, comprend ce que sont le pop art, le street art ou la sculpture contemporaine. Un jour, il cesse de demander combien cela a coûté et demande pourquoi l'artiste a fait ainsi. À ce moment-là, acheter de l'art est devenu une éducation du regard pour la génération suivante.
Trois autres adresses
Galerie Marciano Contemporary, au 2 de la place, met l'accent sur le conseil, aux collectionneurs confirmés comme aux premiers acheteurs, tout en présentant peinture, sculpture et œuvres contemporaines. C'est important : une bonne galerie n'est pas un mur d'images où l'on choisit seul — elle peut aider à construire une véritable collection.
Art Symbol, au 24, montre de l'art contemporain d'inclination abstraite et conseille aussi bien ceux qui décorent que ceux qui collectionnent.
Galerie 20 Vosges tient un étage plus accessible : des estampes d'environ 180 à 380 €, qui permettent de commencer petit avant de passer à la pièce unique ou à la sculpture.
Qui achète ces œuvres ?
Pas seulement des Français. Le marché du Marais attire une clientèle internationale : entrepreneurs, fondateurs, financiers, avocats, architectes, designers, hôteliers, collectionneurs, et des familles qui veulent un intérieur qui leur ressemble.
Les acheteurs asiatiques fortunés y entrent souvent par un chemin particulier : ils achètent d'abord parce que cela leur plaît ; puis ils s'intéressent au nom de l'artiste ; puis à la provenance et aux numéros d'édition ; et c'est alors seulement qu'une collection prend forme. C'est le moment où le consommateur devient collectionneur.
Un prestige plus discret
Voilà ce qui sépare l'art de la place des Vosges du shopping des Champs-Élysées. On n'achète pas pour que l'on sache que c'était cher. On achète parce que l'œuvre dit quelque chose de soi.
Une sculpture à 44 000 € dans un salon ne porte pas de logo ; ceux qui connaissent la reconnaîtront. Une œuvre à 90 000 € ne produit pas le même statut qu'une voiture rapide. Elle produit un prestige plus discret — ce que les collectionneurs appellent être connaisseur : quelqu'un qui sait et qui a du goût.
Un sac peut devenir un emblème de mode. Une œuvre peut devenir un membre de la maison. C'est cette approche-là qu'il vaut la peine de découvrir en entrant dans les galeries de la place des Vosges.