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Art de vivre

Le Marais secret — les portes que l'on n'ouvre jamais

Que savent les Parisiens que les visiteurs ignorent ?

La rédaction de Pro Guide Media8 min de lecture

The inner courtyard of the Hôtel de Sully in the Marais, carved stone façades around the cobbled court

Photo: Philippe Alès / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Si la place des Vosges est le salon historique du Marais, le plus intéressant se trouve parfois derrière des portes que les passants ne remarquent pas.

Les visiteurs de passage suivent les grands axes : la Bastille, la rue Saint-Antoine, la rue des Francs-Bourgeois, la place des Vosges. Pour ceux qui sont venus souvent, la bonne question n'est plus où sont les monuments célèbres, mais : que savent les Parisiens que les visiteurs ignorent ?

Le Marais est l'un des meilleurs endroits pour y répondre. Derrière des façades sans éclat se tiennent des hôtels particuliers, des cours, des jardins, des passages, des ateliers d'artistes, et les traces d'un Paris ancien encore vivant dans la ville moderne.

L'hôtel de Sully, et une petite porte

Commencez par l'hôtel de Sully, au 62 rue Saint-Antoine. De la rue, on peut passer devant sans comprendre qu'on se trouve devant l'un des édifices les plus précieux du quartier.

Franchissez le grand portail. Le bruit de la rue tombe aussitôt et une cour s'ouvre — la cour d'un hôtel aristocratique. Il est construit au début du XVIIe siècle et appartient ensuite à Maximilien de Béthune, duc de Sully, personnage de premier plan sous Henri IV. La cour et le jardin sont aujourd'hui en accès libre.

Le meilleur est au fond. Traversez la cour et le jardin et vous atteignez l'orangerie, très élégante, avec ses cinq grandes arcades et un cadran solaire gravé dans la pierre.

Mais cherchez la petite porte, sur la droite. Elle mène directement place des Vosges.

Voilà le genre de détail qu'il vaut la peine de trouver : au lieu de prendre la rue habituelle, on traverse un hôtel du XVIIe siècle et l'on ressort sous les arcades de la place. Comptez vingt-cinq à quarante minutes, sans se presser.

Le village Saint-Paul

Un autre coin se cache derrière la rue Saint-Paul. On y a presque le sentiment d'un petit village pris dans Paris : des cours et des antiquaires composent un monde bien éloigné des grandes rues commerçantes.

Ce n'est pas nécessairement un endroit où acheter une antiquité sur-le-champ. Voyez-le comme un laboratoire du goût. Une vieille lampe, un fauteuil Art déco, un petit tableau ou un objet peuvent devenir le point d'ancrage d'un appartement de la place des Vosges.

Le mur médiéval

Pour tout autre chose, cherchez le pan de vieille muraille rue des Jardins-Saint-Paul — un morceau des fortifications conservé au milieu de la vie ordinaire.

Pour un visiteur pressé, c'est un vieux mur. Pour qui aime l'histoire, c'est une autre couche de la ville : le Paris moderne bâti par-dessus le Paris médiéval, et un Marais qui garde des traces que d'autres quartiers ont perdues.

Accordez-lui un quart d'heure — non pour « visiter » au sens habituel, mais pour expliquer à un enfant comment la ville où il se tient a changé en quelques siècles.

Un petit jardin rue des Rosiers

Le jardin des Rosiers–Joseph-Migneret, au 10 rue des Rosiers, est de ces lieux qui font le Marais : on est dans l'un des quartiers les plus fréquentés de Paris, et une petite ouverture suffit à trouver un carré de verdure tranquille.

Il n'a ni l'échelle du Luxembourg ni l'ampleur des Tuileries. Sa petitesse fait sa valeur. Quinze à vingt minutes y passent très bien au milieu d'une promenade, surtout avec des enfants ou des aînés.

Regarder la place depuis les arcades

Revenez ensuite place des Vosges et essayez ceci : ne regardez pas la place depuis le milieu de la place. Regardez-la depuis les arcades.

Parcourez-les lentement et observez la répétition presque parfaite de la brique rouge, de la pierre claire, des fenêtres et des hautes toitures. Puis regardez dans les galeries — Le XVI Art Gallery, Art Symbol, Modus Art Gallery, De Medicis Gallery, et d'autres.

Le plaisant, c'est qu'on passe du tourisme à l'achat culturel sans changer d'endroit. Une œuvre à quelques milliers d'euros, à quelques dizaines de milliers, ou davantage, se regarde en pleine promenade. C'est une tout autre manière de dépenser : acheter un récit, un regard, et une part de Paris à rapporter chez soi.

Le musée Carnavalet

Un lieu de plus, pour qui aime l'architecture. Ce n'est pas seulement un musée d'histoire : les deux hôtels particuliers qui le composent sont eux-mêmes une leçon de plus de 450 ans d'architecture du Marais.

Les collections occupent deux demeures historiques, avec des cours et des jardins restaurés pour le public. Le jardin de Carnavalet fait une pause très agréable. En famille, comptez quarante-cinq à soixante minutes ; pour l'architecture et le jardin seuls, moins suffira.

La curation, que nul billet n'achète

Un visiteur ordinaire peut acheter une visite de trois heures et recevoir cinquante informations. Ce qui vaut davantage, c'est un guide qui dit : « Ici, ne continuez pas tout droit. Passez cette porte. » Et une vieille cour apparaît. « Ne photographiez pas encore. Levez les yeux. » Un bas-relief du XVIIe siècle se découvre. « Maintenant, passez cette petite porte. » Et la place des Vosges s'ouvre devant vous.

Le Marais ne cache pas ses plus belles choses au loin. Il les cache juste derrière des portes que la plupart des visiteurs ne songent jamais à ouvrir.

Le Marais secret — l'hôtel de Sully, le village Saint-Paul et un passage — Pro Guide Media