Art de vivre
De la Bastille à la place des Vosges
Une demi-journée de marche dans le Paris privé — là où l'Histoire n'est pas sous vitrine.
La rédaction de Pro Guide Media7 min de lecture

Il y a des endroits à Paris où l'on va pour une photographie. Et il y en a d'autres où l'on va pour sentir jusqu'où une vie parisienne ordinaire peut être belle. La marche de la place de la Bastille jusque sous les arcades de la place des Vosges appartient à la seconde catégorie.
Ce n'est pas un parcours à traverser au pas de course. Accordez-lui une demi-journée, marchez lentement, regardez les vieilles portes, les cours discrètes, les hôtels particuliers de l'ancienne noblesse.
Et remarquez une chose très parisienne : ici, l'Histoire n'est pas sous vitrine. Elle vit à côté des boutiques de mode, des galeries, des cafés et des tables chères.
L'air change en quelques minutes
Partez de la place de la Bastille, jadis emblème de la Révolution, et prenez la rue Saint-Antoine. En quelques minutes, l'atmosphère change : les grands boulevards cèdent la place à des rues étroites, à des façades anciennes et à des boutiques qui n'en montrent presque rien.
Ce qui distingue le Marais, c'est qu'il ne cherche pas à prouver sa richesse. Le luxe y tient à des détails que seul un œil attentif attrape : un vieil escalier de bois derrière une porte lourde, une cour pavée silencieuse, une petite galerie où dort une pièce à plusieurs dizaines de milliers d'euros, un appartement derrière une façade du XVIIe siècle.
C'est précisément cette discrétion qui attire ceux qui ne veulent plus regarder Paris en touristes.
La place s'ouvre
En poussant rue des Tournelles, on pressent la place des Vosges avant de la voir. Puis elle s'ouvre : carrée, équilibrée, verte, et presque théâtrale dans sa manière de présenter l'architecture française du XVIIe siècle.
Des rangs de brique rouge, de pierre claire et de hautes toitures enferment le jardin central et composent un espace à la fois aristocratique et intime. C'était la place Royale, son nom d'origine, tracée sous Henri IV.

Aujourd'hui, sous les arcades, un autre monde apparaît : galeries d'art, antiquaires, restaurants, et salons de thé où l'on peut rester des heures sans regarder l'heure.
Le thé chez Carette
Pour faire de cette promenade quelque chose de vraiment élégant, arrêtez-vous chez Carette, au 25 de la place, dans son décor Louis XVI, pour les pâtisseries, les macarons, le brunch et surtout le thé de 15h à 18h.
Quelques macarons et une théière ne sont pas une grande dépense ; la valeur de Carette tient au cadre. Assis sous l'arcade, à regarder les Parisiens traverser la place, on achète une part d'art de vivre, pas seulement une tasse de thé.
Autre possibilité le matin ou en milieu d'après-midi : un café rue Saint-Antoine ou rue des Francs-Bourgeois, où le plus intéressant est parfois de s'installer en terrasse et de regarder fonctionner le Marais.
L'Ambroisie, au 9
À l'heure du déjeuner ou du dîner, pour passer à un tout autre registre, il n'existe guère d'adresse plus emblématique que L'Ambroisie, directement sous les arcades historiques, dans des salles du XVIIIe siècle : tapisserie d'Aubusson, vieux parquet, mobilier classique.
C'est le genre de maison où le prix ne paie pas seulement la cuisine, mais l'Histoire, la technique, le lieu et la réputation. Pour qui connaît déjà la table étoilée parisienne, l'avantage est net : nul besoin de se déplacer pour joindre la cuisine au patrimoine.
Plusieurs couches en quelques centaines de mètres
Après le repas, refaites un tour de la place : regardez les galeries sous les arcades, entrez dans une petite boutique, ou asseyez-vous simplement sur un banc.
Ce que le Marais a de remarquable, c'est qu'en quelques centaines de mètres on traverse plusieurs couches de Paris : l'histoire aristocratique, la culture juive, une communauté d'art contemporain, la mode, la table, et la vie urbaine d'aujourd'hui. C'est pourquoi le quartier récompense l'attention : il ne se met jamais en avant, et plus on regarde, plus il y a à voir.
La vraie valeur de ce parcours ne tient ni à un plat ni à un café. Elle tient au sentiment d'être entré dans un Paris où l'on ne vient pas dépenser vite, mais vivre bien.