Gastronomie
Le Train Bleu
Si une gare pouvait devenir un palais, déjeuneriez-vous avant le train de vos rêves ?
La rédaction de Pro Guide Media7 min de lecture

Photo: kkmarais / Wikimedia Commons (CC BY 2.0)
Comment un restaurant installé dans une gare devient-il l'une des plus belles tables de France ?
La réponse est Le Train Bleu, où l'on ne vient pas seulement manger mais entrer dans un voyage à travers le temps, dans une salle où l'art, l'histoire et la cuisine françaises se rejoignent sous une débauche d'or.
Bien avant que les trains à grande vitesse n'emportent les voyageurs au loin, Le Train Bleu emmenait déjà ses hôtes dans un rêve de France, par le goût et par l'architecture.
C'est le seul restaurant de Paris où l'on voyage sans quitter la table.
1901, et les trains du Midi
Dans la gare de Lyon, l'une des plus belles de Paris, Le Train Bleu ouvre en 1901 pour l'Exposition universelle, afin d'accueillir les voyageurs partant pour la Côte d'Azur par la ligne Paris–Lyon–Méditerranée.
Il s'appelle d'abord le Buffet de la gare de Lyon, avant de prendre le nom des trains de légende qui menaient l'aristocratie et les artistes parisiens vers le sud.
Passer la porte
Ce qui fait la célébrité du lieu n'est pas sa place dans une gare, mais la beauté presque incroyable de l'intérieur. On franchit la porte et l'on a le sentiment d'avoir quitté le XXIe siècle pour la Belle Époque.
Le plafond monte à plus de dix mètres et disparaît sous la peinture ; lustres de cristal, colonnes dorées, mobilier classique et grandes fresques montrent la beauté de la France.
Ces peintures ne sont pas un décor. Elles racontent le pays que traversaient les trains : la Provence pleine de soleil, la Côte d'Azur élégante, la Bourgogne et ses vignes, la masse des Alpes. Chaque repas est ici un petit voyage à travers la France.
La salle a reçu quantité de figures connues, du monde politique aux artistes et aux vedettes de cinéma, et a servi de décor à plusieurs films — le plus célèbre étant Nikita de Luc Besson.
Que commander
La maison reste fidèle à la cuisine française traditionnelle : classique, joliment dressée.
L'une de ses signatures est le gigot d'agneau de sept heures, cuit longuement jusqu'à se défaire, qui s'entend très bien avec un saint-émilion ou un côtes-du-rhône villages.
Autre favori, le filet de bœuf, à la manière des grandes brasseries, excellent sur un bordeaux rouge — pauillac ou margaux. Pour qui préfère la mer, les poissons de saison et les coquillages appellent un sancerre blanc ou un chablis.
Ne passez pas à côté des entrées classiques : le foie gras, souvent accompagné d'un sauternes, ou les escargots de Bourgogne et leur beurre d'ail. Pour finir, crème brûlée, Paris-Brest ou soufflé au Grand Marnier.
Rien ne presse
Ce que Le Train Bleu a de particulier, c'est qu'on n'y mange pas vite. C'est une salle faite pour les longs déjeuners, les conversations sans hâte et le plaisir de l'art de vivre français. Une coupe avant le repas, sous ce plafond, suffit à faire oublier qu'on se tient dans une gare.
Après le repas
Le quartier mérite qu'on marche. Rejoignez la coulée verte René-Dumont, jardin suspendu aménagé sur une ancienne voie ferrée : une belle entaille verte dans la ville, très photogénique. Vous pouvez aussi filer vers Bastille, ses petites rues, ses boutiques de créateurs et ses cafés d'un Paris franchement contemporain.
Pour les meilleures images, photographiez le grand hall de la gare de Lyon et son célèbre beffroi, puis entrez au restaurant en début d'après-midi, quand la lumière des hautes fenêtres relève les peintures du plafond. Le soir, c'est autre chose : la lumière ambrée rend la salle aussi romanesque qu'un plan de film classique.
La mémoire d'une époque
Le Train Bleu n'est pas seulement un restaurant. C'est la mémoire d'un Paris où le voyage était encore romanesque, où chaque train était une aventure et chaque repas une cérémonie.
Car il y a des endroits où l'on va pour la cuisine. Et il y en a, comme celui-ci, où l'on va pour se rappeler que la vie garde des moments aussi beaux qu'un train qui part lentement vers un rêve.