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Architecture

Le Palais Garnier

Si un opéra pouvait chanter, chanterait-il une chanson d'amour ou une histoire de fantôme ?

La rédaction de Pro Guide Media7 min de lecture

The Grand Foyer of the Palais Garnier, gilded columns and chandeliers beneath a painted ceiling

Photo: Gerda Arendt / Wikimedia Commons (CC0)

Certains édifices sont faits pour qu'on y entre et qu'on en sorte. D'autres donnent envie de revenir pour une impression qu'on ne sait pas nommer. Le Palais Garnier — ce que tout le monde appelle simplement l'Opéra de Paris — est de ceux-là.

Imaginez la salle toutes lumières éteintes, seul le grand lustre suspendu dans le noir. Le Fantôme de l'Opéra est-il encore assis, tranquille, dans la loge n° 5 ? Personne ne le sait. Mais c'est cette question qui a fait d'un théâtre une légende.

Le Louvre garde les chefs-d'œuvre de la peinture, Notre-Dame la mémoire de l'histoire. L'Opéra de Paris, lui, réunit la musique, l'architecture et le rêve sur une seule scène.

Beaucoup de Parisiens vous diront que, même sans voir de spectacle, entrer au Garnier est déjà une expérience d'art complète.

Un architecte d'à peine plus de trente ans

L'édifice est inauguré en 1875, dessiné par le jeune Charles Garnier après sa victoire à un concours national alors qu'il a tout juste passé la trentaine.

Napoléon III veut une salle digne de l'éclat du Second Empire ; Garnier répond par un chef-d'œuvre qui mêle baroque, Renaissance et style Beaux-Arts. Façade couverte de figures dorées, grand escalier de marbres polychromes, colonnes massives, plafond éclatant : quiconque entre a le sentiment d'arriver à un bal de l'aristocratie européenne.

Un fantôme sorti d'un roman

Ce qui a rendu le Garnier célèbre bien au-delà des amateurs de musique vient de la littérature. En 1910, Gaston Leroux publie Le Fantôme de l'Opéra. On y suit Erik, génie musical au visage défiguré, qui vit dans les dessous secrets du théâtre et aime la jeune chanteuse Christine Daaé.

De ce roman sont nés des dizaines de films, de pièces et surtout la comédie musicale d'Andrew Lloyd Webber, qui a fait du Palais Garnier un emblème culturel mondial.

Le plus frappant est que Leroux n'a pas tout inventé. Sous le théâtre existe bel et bien un immense réservoir souterrain, construit pour stabiliser les fondations sur un terrain humide. C'est cet espace caché qui a nourri la légende.

En 1896, une partie du grand lustre de la salle est tombée, tuant une spectatrice. Leroux a repris le détail dans son roman, brouillant la frontière entre le réel et la fiction.

Mais la profondeur du livre n'est pas dans l'effroi. C'est une histoire du désir d'être aimé, d'une beauté d'âme masquée par le préjugé, et de la force rédemptrice de l'art. La musique est la langue qui sort un homme de sa solitude.

Que voir

Si vous en avez le temps, essayez un opéra, un ballet, ou une comédie musicale. L'opéra réunit l'orchestre symphonique, la voix et la scène à pleine intensité. Le ballet français a une beauté aérienne et exigeante. La comédie musicale contemporaine est plus immédiatement accessible, entre chant, jeu et danse.

Même si votre français ne vous porte pas jusqu'au bout, ce que transmet la musique suffit à rendre une soirée parisienne inoubliable.

Les meilleurs angles

Pour la photographie, c'est l'un des plus beaux édifices de la ville. Le matin, le soleil sur la façade fait ressortir la pierre crème et les sculptures dorées. Le soir, tout l'édifice éclairé, la place devient l'un des angles les plus élégants de Paris.

Depuis les marches, on obtient un cadrage bien équilibré avec l'avenue de l'Opéra qui file devant soi. À l'intérieur, le grand escalier de marbre est l'endroit où presque tout le monde s'attarde : il suffit de s'y tenir pour se croire le personnage principal d'un film classique.

Où s'arrêter

Après la visite, prenez un café au Café de la Paix, maison de légende en face du théâtre depuis 1862, qui a reçu Oscar Wilde, Émile Zola et d'innombrables artistes.

Pour un repas dans une salle Belle Époque, Le Grand Café Capucines mérite le détour. Qui aime la pâtisserie ira chez Cédric Grolet Opéra, où les desserts sont faits comme des œuvres.

Un rideau qui ne retombe jamais

Le Palais Garnier n'est pas seulement un théâtre. C'est là que l'architecture chante, que la musique raconte, et que l'imagination n'a jamais salué une dernière fois.

Le Fantôme n'a sans doute jamais existé. Mais l'amour de l'art que cette histoire a laissé derrière elle est encore présent dans chaque note, chaque marche de l'escalier et chaque lampe de Paris.

Le Palais Garnier — là où l'architecture chante — Pro Guide Media