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Architecture

Le Louvre

Quand un palais devient la mémoire durable de l'humanité.

La rédaction de Pro Guide Media9 min de lecture

The Louvre pyramid lit at night in the Cour Napoléon, reflected in the surrounding basins

Photo: Benh LIEU SONG / Wikimedia Commons (CC BY 2.5)

Il existe des lieux que l'on ne visite pas : on dialogue avec eux. Le Louvre est de ceux-là.

Pour le voyageur déjà venu plusieurs fois à Paris, la tour Eiffel, les Champs-Élysées ou Notre-Dame peuvent être devenus familiers. Le Louvre, lui, garde une emprise particulière : chaque retour fait surgir une autre histoire, un autre angle, une beauté qu'on n'avait pas vue.

Ce n'est pas seulement un musée. C'est un immense roman écrit en pierre, en dorure, en peinture et en ambitions françaises, sur plus de huit cents ans.

Du donjon médiéval au palais des rois

Peu de gens savent que le Louvre n'a pas commencé comme un palais. À la fin du XIIe siècle, Philippe Auguste le fait bâtir comme forteresse pour protéger Paris. Sous le musée d'aujourd'hui, on voit encore les vestiges de ces murailles.

Au fil des siècles, l'édifice change. Les rois de France l'agrandissent et le décorent jusqu'à faire de la place forte l'un des plus beaux palais royaux d'Europe.

Louis XIV — le Roi-Soleil — habita le Louvre avant de transporter sa cour à Versailles. Quand Versailles devient l'emblème du faste royal, le Louvre entre dans un autre chapitre : celui d'un lieu qui conserve l'art et le montre au public.

En 1793, en pleine Révolution, il ouvre officiellement comme musée. Ce qui était réservé aux rois devient le bien de tous. C'est là ce qui le rend singulier : il contient à la fois la puissance de la monarchie et l'esprit des Lumières d'une France moderne.

La pyramide de verre

La première image que beaucoup emportent est la pyramide de verre de la cour Napoléon. À son inauguration, en 1989, le projet de l'architecte Ieoh Ming Pei déclenche une vraie querelle : beaucoup jugent qu'une structure de verre moderne n'a rien à faire au milieu d'une pierre vieille de plusieurs siècles.

Le temps a tranché autrement. La pyramide est aujourd'hui l'un des signes visuels les plus forts de Paris — comme la tour Eiffel fut attaquée avant de devenir l'âme de la ville.

Le soir, quand la lumière revient sur le verre, le Louvre a une beauté qui n'appartient qu'à lui : à la fois classique et moderne, mémoire du passé et geste vers l'avenir.

La Joconde

La plupart des visiteurs ont, la première fois, un seul objectif : voir la Joconde. Le tableau de Léonard de Vinci est plus petit qu'on ne l'imagine — environ 77 sur 53 centimètres. Sa force ne tient pas à sa taille mais à son mystère.

Ce sourire tient des millions de personnes en éveil depuis plus de cinq cents ans. Est-elle joyeuse ou pensive ? Le regard suit-il vraiment celui qui passe ? Qu'a voulu dire Léonard ?

En 1911, le tableau fut volé au Louvre par un employé italien, Vincenzo Peruggia, convaincu qu'il appartenait à l'Italie et devait y retourner. Le vol dura plus de deux ans et retint l'attention du monde entier. Quand l'œuvre fut retrouvée, sa célébrité était devenue légende.

Devant la Joconde, on ne regarde pas seulement une œuvre d'art. On se tient devant un personnage entré dans l'imagination de l'humanité.

Il y a bien plus qu'un tableau

L'erreur courante est de passer toute la visite à chercher la Joconde puis de repartir. Le Louvre est si vaste qu'une minute devant chaque œuvre demanderait des mois. La collection exposée compte plus de 35 000 pièces, de l'Égypte ancienne à la Grèce et à Rome, des arts de l'Islam à la peinture européenne du Moyen Âge au XIXe siècle.

La Vénus de Milo — l'emblème de la beauté grecque classique. On ignore qui l'a sculptée, mais son élégance et son mystère en ont fait l'un des chefs-d'œuvre les plus connus du musée.

La Victoire de Samothrace — l'un des moments les plus saisissants de toute visite. Posée en haut de l'escalier Daru, elle semble voler dans un vent de mer, les ailes ouvertes.

Les salles de la Renaissance italienne — Raphaël, Botticelli, Titien.

Les appartements Napoléon III — pour qui aime la manière aristocratique française : or, cristal, velours rouge, et tout l'excès du XIXe siècle.

Trois édifices, trois récits

On dit parfois que Paris se comprend par trois monuments : la tour Eiffel pour l'avenir, Notre-Dame pour la foi, le Louvre pour la mémoire de l'humanité.

Pour le voyageur qui aime l'art, l'histoire et l'art de vivre européen, le Louvre n'est pas un décor à photographier. C'est une rencontre avec une civilisation.

Car après plusieurs siècles, entre ces vieux murs, le musée pose encore une belle question à qui entre : qu'est-ce qui fait qu'une œuvre traverse son époque et devient durable ? Et c'est peut-être au moment où l'on se tait devant un chef-d'œuvre, au milieu de Paris, qu'on trouve la réponse.

Un voyage, pas une course

Un conseil pour qui connaît déjà Paris : venez en fin d'après-midi, donnez deux heures aux œuvres qui comptent le plus pour vous, puis sortez par les Tuileries quand la lumière dore les alignements d'arbres. Paris, à cette heure, cesse d'être une ville touristique et devient un décor de cinéma gardé pour vous seul.

Le Louvre — forteresse, palais, puis musée de tous — Pro Guide Media